Courant à toute allure sous la pluie massacrante, Sarah n'avait qu'une idée en tête, aller au point de rendez-vous qu'il lui avait donné. Lui, celui qu'elle aimait, plus que tout, enfin... c'est ce qu'elle pensait. Du moins pour l'instant. Cela ne durerait pas. Son fils dans ses mains, s'étouffait avec ses larmes. Peut-être qu'en voyant ce petit bout d'homme, moitié d'elle et moitié de lui, il s'attendrirait, il quitterait alors ce foutu groupe. Il l'aimerait peut-être enfin et il oublierait ce pour quoi il était né. Mais la tempête avait déjà débutée, et elle était bien déterminée à aller jusqu'au bout, tout détruire, tout casser, briser des vies et tout ça sans le moindre sentiment.
Rien qu'un monstre. La vie n'était rien qu'un monstre.
Alors elle marchait. Non, elle courait. Sous la violente colère des dieux. Triste et mélancolique. Terrifiée et à moitié tuée. Le monde l'observait avec dégoût, on la montrait du doigt avec son petit bout de paradis endiablé, la tête logée dans le creux de son cou. La pluie ne s'arrêtait pas, c'était le sort que lui réservaient les démons. Et elle avait beau avoir peur, rien n'y changerait. Les cris, les hurlements, les chuchotements, les rires narquois, tous se mélangeaient sans qu'elle n'y réagisse. Non, il ne lui restait plus qu'un but et elle voulait s'y consacrer entièrement. Oublier le reste. Parce que le reste ne servait à rien. Le reste était éphémère. Le reste n'était que détail. Détail mit sur sa route comme obstacle. Et elle résistait.
"Pour lui. Pour moi. Pour nous."
Elle continuait sa route, arrivant enfin devant cet hôtel de luxe d'une hauteur qu'elle n'osait même pas imaginer dans ses rêves. Elle se stoppa. Elle reprit son souffle, regarda son enfant et se demanda s'il fallait vraiment y entrer. Elle ferma les yeux de manière crispée, secoua vivement la tête de droite à gauche et reprit espoir. Oui, il voudrait d'elle en les voyant.
"Et s'il préférait le luxe à une famille..."
Elle chassa cette idée de sa tête et mit d'abord un pied à l'intérieur, elle avait franchit le seuil interdit. Son c½ur battait à vive allure, et ce fut pire lorsqu'elle vit tous les yeux rivés sur elle. Chacun portait les vêtements appropriés à la classe sociale qui pouvait entrer dans ce genre d'endroit. C'est à dire des vêtements dont elle ne pouvait même pas payer la moitié du prix avec toutes ses économies.
Non, elle ne se sentait pas à sa place...
_ Sarah Mitwack ?Un sursaut. Son visage changea. Enfin un sourire. Sourire auquel on ne lui répondit pas. Tout commençait mal, très mal pour elle. L'homme lui demanda de le suive. Elle serra son fils dans ses bras, lui embrassant le front et suivit le chemin qu'on lui indiquait. Oui, son c½ur à cette heure là battait comme jamais il ne l'avait encore fait. On aurait dit une bombe à retardement. On aurait dit que tout pouvait exploser d'un moment à l'autre. Peur, oui elle avait peur, maintenant elle ne pouvait plus le nier.
Peur que tout explose.
On lui ouvrit enfin la porte d'une chambre. Elle entra timidement, hésitante. Il était là, les coudes posés sur le rebord de la fenêtre. Sans aucune réaction. Rien. Il ignorait simplement sa présence. Alors elle s'avança vers lui, comme pour lui montrer qu'elle était arrivée. Comme si elle croyait qu'il ne l'avait pas entendu entrer. Il tourna la tête vers elle et le petit. Il rigola, se moquant d'elle. Puis il se tut, et soupira.
_ Je suis là, dit-elle, comme si elle espérait encore qu'il lui saute dans les bras.
_ J'ai vu, hélas.
_ Tu disais qu'il fallait qu'on parle.
_ Non, plutôt que JE te parle.
_ Et bien je suis là maintenant, je t'écoute.Elle réussissait encore à se faire entendre grâce à son fort caractère. Bill la regarda d'un air méprisant s'asseoir sur son grand lit, avec beaucoup d'assurance. Trop d'assurance selon lui. Elle fixait son regard, prête à lui faire assumer sa vie de père, même s'ils étaient jeunes, trop jeunes. Elle voulait y croire. Croire que c'était possible. Croire qu'ils pouvaient s'aimer. Croire qu'elle pouvait vivre d'amour et d'eau fraîche. Croire en ses rêves, surtout celui qu'elle avait fondé avec lui, il y avait déjà cinq ans. Mais tout ça avait disparu, complètement. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était que celui qu'elle avait devant elle n'était plus le même, et qu'il ne serait plus jamais celui qu'elle avait aimé. Parce que celui-là était mort. Mort sous le poids de la célébrité. Mort sous le poids de ces hurlements hystériques de ces milliers de filles, en bas, dans la rue. Elle avait devant elle, un étranger. Un étranger avec qui elle avait fait l'amour, ce même amour qui avait laissé place à un enfant, cause de son futur désespoir. Mais elle préférait ignorer cette triste réalité, restée bercée dans ses nombreuses illusions.
_ T'étais obligée de l'amener là, l'autre ! dit-il, pointant du regard le nourrisson, toujours logé dans les bras de sa mère.
_ C'est notre fils Bill !
_ Non, non ! Le tien, pas le mien, je n'en n'ai jamais voulu moi.Silence.
Au coin de ses yeux, des gouttes d'eau salées prêtes à rouler le long de ses joues. Les paroles du chanteur étaient trop dures à encaisser. Beaucoup trop dures, violentes et massacrantes. Tellement qu'elle croyait en mourir. Elle lui en voulait. Elle lui en voulait de l'aimer. Elle lui en voulait d'avoir autant changer. Au fond, elle aussi elle n'en avait jamais voulu de cette enfant. Mais il était là, il fallait faire avec.
_ Oh puis ne chiale pas ! Ce n'est qu'un gamin.
_ T'as pas le droit de dire ça...
_ Depuis quand tu me dictes ce que je dois faire ?Jamais. Elle n'avait jamais pu le faire. Il devait toujours avoir raison. C'était lui le roi, c'était lui le maître. Partout où il passait, quoi qu'il fasse, il avait le droit à tous les honneurs. On se mettait à genoux devant lui, on lui baisait les pieds comme on dit. On fermait sa gueule devant lui. Sauf une personne. Elle. Et c'est pour ça qu'au fond, il la détestait. Et que ça l'amusait de la voir ainsi meurtrie, par sa faute, entièrement par sa faute. Oui il aimait ça, la voir souffrir à cause de lui. Tout était à cause de lui, le monde tournait autour de lui.
_ Bill... s'il te plaît. Qu'est-ce qu'on va faire...
_ Rien. Toi tu vas t'en aller, me foutre la paix avec ce gamin qui n'est pas le mien et qui ne sera JAMAIS le mien. Tu vis ta vie, je vis la mienne.
_ MAIS JE T'AIME !Silence. Ou presque. On entendait seulement le rire diabolique du chanteur. Les murs auraient presque peur, la ville se cache, le soleil s'endort et le monde se tait. Il ne vous reste plus que vos yeux pour pleurer. Regarder les conséquences dramatiques de vos actes. Regarder son pouvoir devenir de plus en plus fort. Voir le monde s'effacer sous son poids chaque jour un peu plus.
_ Sarah. Sais-tu combien de filles me disent ça et combien de fois par jour ? Que veux-tu que ça me fasse ?
_ Rien justement. C'est bien ça le problème.
_ Dégage ! Je ne veux plus jamais te voir !
_ Que tu le veuilles ou non, ce gosse je ne l'ai pas faite toute seule, et je te ferai assumer tes actes !
_ C'est ça ! Vire de là maintenant !Elle retenait ses pleures, ces vulgaires larmes insignifiantes ne devraient jamais couler. Elle lui obéit, pour la première fois de sa vie mais elle n'abandonnerait pas. Elle était prête à tout pour qu'il l'aime, pour que tout redevienne comme avant. Pourtant elle le détestait, elle avait cette envie de le faire souffrir autant qu'il la faisait souffrir. Elle voulait qu'il endure tout ça, lui aussi. Elle attendrait sagement qu'il lui tombe dans les bras. Juste pour lui faire mal...
Bill était une fois de plus énervé. Il regarda à travers la fenêtre Sarah sortir de l'immeuble et s'asseoir par terre. Il soupira bruyamment et se retira. Il alluma la télévision et alla se chercher de quoi manger et de quoi boire. Un paquet de chips et une bouteille de Coca. Bouteille dont les ingrédients avait été changés un jour auparavant par ses trois amis. Bill, ne s'imaginant pas une telle chose, enleva le bouchon et porta la bouteille à ses lèvres. Lorsqu'une gorgée entra dans sa bouche, il lâcha d'un coup toute la bouteille qui se vida au sol. Il recracha ce qu'il avait faillit avaler et cria d'immondes injures.
_ Bande de cons ! continua-t-il.
Tom et Gustav qui se trouvaient dans le couloir, avaient comprit de quoi il s'agissait. Ils se regardèrent avant d'éclater de rire et s'en allèrent en courant plus loin. Mais le chanteur, les ayant entendu, sortit de sa chambre, le regard noir. Poursuivit par Bill, Gustav et Tom appuyaient sur le bouton de l'ascenseur. Trop tard. Bill arriva avant que celui-ci ne s'ouvre. Il empoigna le col de son frère et le souleva du sol. Alors que le dreadeux rigolait, Gustav essayait de calmer Bill.
_ T'en as pas marre de te payer ma tête ? Ça ne t'a pas suffit la dernière fois ? hurla le chanteur.
_ Non, d'ailleurs je te dois toujours quelque chose.Sur ces mots le guitariste cracha à la figure de son frère, comme il le lui avait fait la dernière fois. Fier de sa vengeance, Tom se défit de l'emprise du jeune homme et le regarda hurler des injures avec mépris. Alerté par les bruits, Georg fit irruption dans le couloir. En voyant Bill lever son poing, il couru en direction de ses amis et arrêta à temps le poing massacrant du chanteur.
_ Non mais ça ne va pas Bill !
_ Mêle-toi de ce qui te regarde ! cria le chanteur.
_ Mais ça le regarde petit frère... ironisa Tom,
c'est lui qui avait acheté la bouteille de vinaigre.Georg comprit enfin ce qui se passait et cela ne présageait rien de bon. Bill le questionna du regard et le bassiste hocha la tête de haut en bas, confirmant les propos du guitariste. Contre toutes attentes, Bill ne fit pas une deuxième crise. Il s'en alla simplement, les mains dans les poches, abandonnant le combat.
_ Je rêve ou il se retire ? demanda Tom.
_ Non, tu ne rêves pas Tom. confirma Gustav.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé pour qu'il soit si calme ? Enfin calme... vous voyez ce que je veux dire ? interrogea Georg.
_ Sarah est venu le voir tout à l'heure.
_ Elle est là ?
_ Je ne sais pas, elle a quitté sa chambre il y a quelques minutes.Sarah était sortit en silence du grand hôtel. Assise par terre, sur le trottoir sale que des milliers de personnes traversaient, elle posa son fils à même le sol. Le regardant pleurer de plus en plus fort, sans jamais s'arrêter. Les passants regardaient la scène sans savoir quoi faire, choqués de voir une mère si jeune, mais surtout choqués des paroles qu'elle allait prononcer...
_ T'as faim, hein ? dit-elle au petit ange,
ET BIEN CRÈVES-EN !Oui comment pouvait-elle dire ça... elle le haïssait tellement ce petit bout d'homme et pourtant d'un côté elle l'aimait. C'était tout de même une partie d'elle. La partie la plus étrange, certes, mais toujours une partie d'elle.
_ Non mais ça ne va pas ! T'es folle !Kimy qui passait par là, se jeta sur le petit qu'elle berça dans ses bras, essayant de calmer ses multiples cris. Oui, sûrement se mêlait-elle de ce qui ne la regardait pas. Mais avait-on le droit de regarder ça sans rien faire ? Qui aurait eut ce courage d'intervenir. Personne... personne avant qu'elle n'arrive ne l'avait fait. Sarah, toujours assise par terre, basculait son corps d'avant en arrière, comme si elle devenait folle. Ses yeux, perdus dans le vide ne laissaient rien percevoir, c'est comme si elle n'existait plus. Kimy s'arrêta alors de s'occuper du petit et s'accroupit de sorte à se mettre face à la jolie brune.
_ Hé... ça ne va pas ?
_ Garde-le ce gosse s'il te fait tant pitié.
_ Je n'ai pas le droit, ce n'est pas le mien. Mais tu devrais t'en occuper.
_ Sûrement.Kimy était déstabilisée, elle ne savait pas quoi faire face à la détresse de la jeune fille. Devait-elle lui rendre son enfant alors qu'elle semblait être incapable de s'en occuper ? Devait-elle partir et la laisser là, seule... et perdue.
_ Je m'appelle Kimy, et toi ?
_ Sarah ! cria-t-on à la place de celle-ci.
Kimy se retourna et vit avec surprise que la personne qui venait d'hurler ce prénom n'était autre que Georg qu'elle avait vu il y a de ça un jour, après avoir perdu son boulot. Le jeune homme avança vers les deux filles d'une manière hésitante. Il observa Kimy dans les moindre détails et se décida enfin à briser le silence.
_ On s'est déjà vu, je me trompe ?
_ Kimy. La fille que t'as bousculée dans la rue hier soir.
_ Ah oui... c'est ça. Kimy.Il ne dit rien de plus et reporta son attention sur Sarah qui depuis le début n'avait pas bougé, basculant toujours d'avant en arrière, observant son fils avec un grand mépris, logé dans les bras de Kimy.
_ Sarah, vient... ne reste pas là. lui chuchota Georg.
_ Je ne veux pas !
_ Pourquoi ?
_ Bill...
_ Qu'est-ce qu'il t'a dit ?Pas de réponse. Juste encore des pleurs. Oui, une âme pleurait encore pour lui. Il tuait le monde, tout ce qui l'entourait. Mais Bill trouvait ça tellement jouissif d'être à l'origine de leurs pleurs. C'était Bill Kaulitz, le vrai. Au début, ce qu'il aimait c'était de les voir sourire lorsqu'il chantait. Mais c'était devenu tellement obsessionnel qu'il s'y était perdu. A tel point qu'il en avait confondu bonheur et malheur. Et le jour où il comprendrait il serait trop tard. Il en crèverait. Crever de voir le monstre qu'il fut devenu. Et alors ce jour là ce serait Sarah qui rigolerait, lorsqu'elle verrait son nom d'inscrit dans le journal, annonçant sa mort. Car à son tour, elle aurait confondu haine et amour.
"A cause de toi..."
***
Bon, je voulais vous mettre un chapitre avant de reprendre les cours. Voilà qui est fait.
J'espère que ça vous plait et que vous avez passé de bonnes vacances.
Je vous préviens et puis je m'en vais faire mes devoirs que je n'ai pas commencé. --"
Sinon, vivement les vacances de Noël. [xD, non mais parfois je suis particulièrement flèmarde.]
Sur ce, j'vous envoie pleins de gros bisous. <3